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La route à l’honneur du festival Ailleurs

Pour la première édition du festival de photographies « Ailleurs » qui s’ouvre à Vannes le 1er avril, l’événement, parrainé par le chanteur Miossec, est consacré à la thématique de la route. Place à l’entretien avec le photographe brestois Dominique Leroux, directeur artistique de « On the Open Road », un festival de photographies placé sous le signe du voyage qui expose, en différents lieux, quelques grands noms de la photo, Raymond Depardon, Bernard Plossu, des créateurs plus jeunes comme Alexa Brunet, Simon Tanguy ou encore les travaux de René Tanguy, Serge Vincenti. Au travers de témoignages, de traces de road movies habités par un univers, un regard chaque fois singulier, le spectateur fait l’expérience de l’ailleurs, de l’évasion, de l’errance. L’ombre de Jack Kerouac plane sur les lieux, notamment au travers de l’imaginaire de René Tanguy et de Bernard Plossu. Les road movies exposés ont trait à la route terrestre, non point aux voies maritimes ou aériennes. Toute invitation au voyage géographique entrouvre les portes d’un voyage intérieur, d’un bougé intime, spirituel. Partir à la rencontre de l’autre, de l’ailleurs, du lointain ne va pas sans modifier le rapport à soi, occasionner un décentrement, un dépaysement existentiel. Nous laissant aller à la rêverie, un second fantôme se profile derrière Jack Kerouac, celui de Jean Genet et de son chant, Querelle de Brest.   

Véronique Bergen – Dominique Leroux, vous êtes photographe, auteur de nombreux livres. Vous avez exposé dans votre ville de Brest en 2007, 1350 portraits de Brestois. Pouvez-vous nous parler de la création du festival « Ailleurs », de sa genèse ? D’où vous est venue l’idée d’ouvrir la première édition par le thème de la route ?
Dominique Leroux – Après sa création en 2003 à Vannes, le festival Photo de mer a été supprimé pour laisser place à d’autres projets. Nous avons décidé de lancer un nouvel événement, doté d’un nouveau souffle, sur d’autres bases, le festival Ailleurs qui se tiendra annuellement, chaque fois autour d’une thématique. L’idée d’inaugurer le festival par l’axe de la route, du voyage m’est venue à l’occasion de la publication, fin 2016, du livre Sad Paradise. La dernière route de Jack Kerouac du photographe René Tanguy (Éd. Locus Solus). L’ailleurs y est décliné sous la forme d’un road movie, d’un voyage sur les traces du poète de la Beat Generation, Jack Kerouac, et sur sa rencontre avec le poète breton Youenn Gwernig. Le livre de René Tanguy (où l’on découvre une prodigieuse correspondance entre Jack Kerouac à la recherche de ses racines, de ses origines bretonnes et Youenn Gwernig) a été le point de départ à partir duquel j’ai voulu montrer divers visages de la photographie de voyage. L’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan (on connaît l’importance de Kerouac dans son œuvre) m’a conforté dans cette idée de donner à voir des explorateurs de la photographie de la route. Pour moi, le trajet, l’ensemble du parcours est aussi important que la destination. C’est sur la route que se font les rencontres aléatoires, les surprises. C’est lors du road trip, de la traversée de paysages, de régions qu’advient l’événement, le hasard, l’insolite, le non programmé. L’exposition donne à sentir le mouvement, l’errance, que ce soit dans des photographies en noir et blanc ou en couleurs, dans des paysages ou des portraits, des corps.

Les photographes exposés développent une large palette de regards. La road photography s’y décline sous divers visages, souci documentaire, dimension sociologique, démarche plus expérimentale, veine introspective, compositions formelles, paysages, scènes de rue, portraits, avec une prédominance des photos en noir et blanc. Qu’est-ce qui vous a mené à choisir le grand maître de la photographie, Raymond Depardon, membre de l’agence Magnum, qui a sillonné le monde, et Bernard Plossu ?
Le choix s’est porté sur eux de façon quasi immédiate, très naturellement. Parmi les grands photographes français ayant vécu des road trips, les noms de Raymond Depardon et de Bernard Plossu s’imposaient d’emblée. Ils ont bourlingué, exploré le monde et Bertrand Plossu a en outre été proche de la Beat Generation, il a côtoyé la scène hippie de San Francisco, a photographié Allen Ginsberg, Joan Baez et ses deux sœurs, Jean-François Bizot qui a dirigé Actuel. Des photographies de son « Voyage mexicain », pièce maîtresse de son œuvre, seront également exposées. L’exposition de Raymond Depardon est toute en verticales.

Pouvez-vous dire un mot des photographies de Paul Fusco et des travaux de deux jeunes photographes, Alexa Brunet qui nous mène de Brest jusqu’à Vladivostok et de Simon Tanguy ? Et enfin, décrire le travail de Serge Vincenti intitulé « Mongolie » ?
Le photographe Paul Fusco, artiste engagé, qui a traité de sujets sociaux, politiques comme la révolte zapatiste du Chiapas, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les malades du sida, est à l’origine d’un travail singulier, « Funeral train ». En 1968, un train funèbre contenant la dépouille de Robert Kennedy (assassiné en juin 1968 à Los Angeles) traverse l’Amérique. À bord du train, Paul Fusco photographie les visages des Américains qui, le long du parcours, disent adieu à leur président. Le road trip suit le convoi funèbre ; on y lit le témoignage de la ségrégation raciale qui sévissait aux États-Unis. Quant à Alexa Brunet dont j’ai croisé la route, elle a réalisé un travail étonnant qui l’a menée de Brest à Vladivostok. Au travers de portraits, de paysages, elle nous livre un récit de voyage, un témoignage d’un périple ferroviaire traversant des pays, des villes d’Europe, d’Asie. Partir de l’Ouest vers l’Est, c’est aller à la rencontre des gens, s’imprégner des changements, de la diversité des conditions de vie. Simon Tanguy, fils de René Tanguy, a pris deux années sabbatiques pour s’élancer sur les routes, à l’aventure, en solitaire, avec son laboratoire argentique, traversant l’Europe, l’Asie, sillonnant 27 pays en 16 mois et rapportant de son périple une moisson de photographies en noir et blanc, scènes prises sur le vif ou compositions, reflets d’une quête intérieure. Grand bourlingueur, Serge Vincenti a photographié les immenses steppes mongoles, travail qui sera exposé.

Une dernière question sur le parrainage de l’événement par le chanteur Christophe Miossec ?
Miossec est un ami de longue date, nous fûmes dans le passé colocataires à Brest. Comme il a une passion pour Jack Kerouac et qu’il connaît très bien la photographie, sa présence s’est imposée d’emblée. Il a également côtoyé nombre de photographes quand il était journaliste et ensuite en tant que chanteur.

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Festival de photographies Ailleurs, « On the Open Road. Les héritiers de la Beat Generation », Vannes (Basse-Bretagne, France). À partir du 1er avril 2017 jusqu’au 8 mai 2017. Kiosque, Hôtel de Limur, Passage central de la Cohue et Galerie Les Bigotes ainsi que sur les murs de la ville, au détour d’une rue…

Plus d’information sur le site du festival : www.ailleurs-vannes.fr

Mentionnons le livre du photographe René Tanguy, Sad Paradise. La dernière route de Jack Kerouac, photographies de René Tanguy, basées sur la correspondance inédite de Jack Kerouac et Youenn Gwernig, Éd. Locus Solus, 2016, 208 p., 32 euros.

(Interview : Véronique Bergen / Crédit photo : Ailleurs Vannes Expos Photos, à partir d’une image de Serge Vincenti)

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