ALISTER Marches Serréescouleurs Dom Garcia

Autoradio #02 – Alister offre sa tournée

Avec un troisième album au compteur, Mouvement perpétuel, très à fleur de peau, pugnace et délié à la fois, Alister s’offre une entrée dans le monde des auteurs/compositeurs/interpètes de talent. Alister aura beaucoup d’indulgence pour cette appellation triptyque désuète, lui qui, en 2011, a lancé la revue Schnock, la revue des Vieux de 27 à 87 ans. Cet archétype du mook hyper recommandable a réussi à transformer ses obsessions (les figures de la culture populaire des années 60-80) en journalisme de récit, aussi édifiant, documenté, richement illustré, que joueur dans la jubilation à varier les mêmes thèmes. Avec un brin d’ironie plutôt que des trombes de nostalgie. Toutes choses que nous apprécions par ailleurs. En conclusion d’un mini entretien, Alister nous a concocté sa compilation auto idéale en mode radiocassette bourrée d’histoires, de souvenirs et de surprises.

Mordant avec Fils de, sautillant avec Granny Smith, plus emphatique avec Elizabeth ou direct façon uppercut dans l’entrejambe du masculinisme avec Je travaille pour un conMouvement perpétuel est un exercice de grand écart…
Le défi dans la confection d’un album, en tant que musicien qui se renouvelle et tente des choses nouvelles, c’est de varier les plaisirs. J’ai toujours chéri cette idée. J’ai été énormément influencé par les Beatles et Bowie. Dans le genre curieux, ils ont voulu aborder tous les styles en les filtrant avec leur personnalité.  À condition de rester dans un certain registre, j’aime quand ça se renouvelle.

Les Beatles, Bowie, Baxter Dury qui a produit votre premier album… Alors que votre musique est effectivement ancrée dans un registre pop anglo-saxonne, par contre le magazine Schnock ou l’émission Bleu Blanc Schnock vont vers un spectre plus large : la musique et la culture populaire…
C’est cette époque-là, que j’ai choisi de rendre, qui nous entraine là-dedans. Il n’y avait pas de case, de niche ou de stratégie marketing aussi ciblée qu’aujourd’hui. Les années 60-80 sont une période typiquement overground qui parvenait à faire un vrai grand écart. Qui on voit dans les émissions de variétés de l’époque? Gainsbourg, Carlos, Serge Lama, Elli et Jacno sans que ça semble dépareillé ou d’une originalité folle. Comme si les programmes de l’époque réalisaient un programme de diversité. En même temps, il n’y avait pas beaucoup de chaines, il fallait que toutes les familles devant leur écran puissent se retrouver. Dans Schnock comme dans l’émission, c’est l’époque qui nous amène cette variété, cette diversité. Je m’y suis mis sur le tard, en réalité… Schnock est aussi né de la nécessité de proposer autre chose parce que la musique anglo-saxonne, la pop, on en parle très bien ailleurs. La chanson française était maltraitée et il y avait tant de choses qui restaient enfouies.

On parle beaucoup du journalisme d’obsession… Schnock correspond à cette idée ?
On reçoit des trucs encore plus pointus, plus obsessionnels que ce qu’on publie dans le magazine final. Ce côté obsessionnel est plus élevé chez les gens qui collaborent à la revue ou qui nous font des propositions que chez moi. Je garde toujours une part d’ironie. On ne se moque pas mais on garde une espèce de distance. Dans le dernier numéro, il y a par exemple une interview de Pierre Douglass (comique, imitateur, homme de télévision des années 70-80 ndlr). Ce qui est intéressant là-dedans, c’est le destin d’un personnage très populaire à la fin des années 70, qui venait d’un journal sérieux, a basculé dans une carrière de comique et qui finit sa carrière dans les théâtres de chansonnier parisiens, à faire des blagues sur Hollande tout en étant chef d’orchestre… en dehors de son œuvre, c’est son destin qui est intéressant. Pareil quand on parle de cinéma, on n’est pas dans le nanard pour le nanard. J’essaie que ça aboutisse toujours à quelque chose d’intéressant et d’instructif sur les personnalités. Que ça garde un côté récit –individuel ou plus général. Et que ce soit agréable à lire, sur de plus longues durées que ce que permettent les médias en général.

Dans le numéro avec Belmondo en couverture (Schnock 13), il y a un texte hallucinant de Laurent Chalumeau, plume et comparse d’Antoine de Caunes, sur le Marlboro Music, une série d’émissions radio réalisées par eux dans les années 80, en mode road trip.
Chalumeau, c’est particulier parce que c’est une plume tellement stylée. Il écrit tellement bien. Dans le coté lettré et rock ‘n roll il est imprenable. Mais il ne faut pas imaginer qu’il y a un style d’écriture Schnock. C’est crucial que chacun garde son style. J’aime bien les interviews propres, simples, où le journaliste n’essaie pas de faire le malin, et laisse plutôt parler la personne. C’est comme la variété des chansons dans un album. Il y a un équilibre subtil à trouver pour éviter de vouloir être marrant à tout pris par exemple, ou exprimer des positions politiques. Ce sont des choses qui me gênent. Je préfère prendre les talents des uns et des autres et les faire fructifier dans le bon sens du terme.

Parlez-nous de votre playlist
J’ai tenté de combiner souvenirs personnel et chansons qui parlent de route et de voiture. J’ai eu beaucoup de mal à avoir mon permis alors que c’est le premier truc que je voulais avoir à ma majorité. Très vite j’ai compris que ma conduite allait causer des problèmes (rires), alors j’ai arrêté et je ne m’y suis jamais remis. J’ai de la chance d’avoir des amis et une compagne qui ont une voiture. À Paris, la voiture, on n’en a pas franchement besoin, on prend vite l’habitude de ne pas la prendre la voiture car tout est fait pour que ce ne soit pas un handicap. Le seul problème c’est quand on se retrouve à l’étranger. Dans des régions plus reculées. Pas de road trip aux States en solitaire pour moi…

The Cars – Candy-O
Si ça, ça fait pas teuf-teuf… Tout le concept de ce groupe repose sur la bagnole. Des pochettes aux chansons. Dans le lot, c’est celle-là ma préférée, alliant parfaitement rock et electro. Quand arrive le solo d’Elliott Easton c’est bande arrêt d’urgence direct.

Iggy Pop – Wild America
J’ai mon permis mais je n’ai pas conduit depuis 1994. Je me souviens parfaitement avoir eue la K7 de l’album American Caesar dans l’autoradio pendant la courte période où je hantais le périphérique parisien. Je me faisais un peu peur au volant. J’ai renoncé.

Michel Delpech – Quand j’étais chanteur
La probabilité que je tombe sur un taxi de nuit branché sur Radio Nostalgie est assez forte. Et la probabilité qu’une chanson de Delpech déboule, tout autant. Et que cette chanson soit celle-ci, encore plus. En général, je demande de hausser le son.

Fleetwood Mac – Dreams
On a enregistré une partie de l’album Mouvement Perpétuel à la campagne et je m’y suis rendu en voiture avec le batteur Loïc Maurin. On ne se connaissait pas encore vraiment. On a donc mis Rumours de Fleetwood Mac qui trainait dans la boîte à gants devant moi. Et ça a vite brisé la glace. Du coup y’a un peu de Mick Fleetwood dans certains morceaux de l’album.

Sheila – La voiture
C’est une chanson que j’ai découverte quand je concevais la compilation « Schnock ». Je trouve ça frais, léger, sans conséquence… Ce qui n’est pas facile à faire en français, qui supporte mieux le drame et la colère… Et ce petit clavinet est funky en diable.

Steely Dan – Any Major Dude Will Tell You
C’est pas évident de choisir la musique quand tu es dans un mini-bus de tournée. Y’a 4-5 personnes à satisfaire ou à ne pas importuner. Avec mon groupe, on avait trouvé un point d’accord avec une compile de Big Star et Pretzel Logic de Steely Dan.

Brewer & Shipley – Tarkio Road
Y’a clairement un truc entre la country et la bagnole. Ça, ça marche à tous les coups.

Radiohead – Jigsaw falling into place
Autre souvenir/association d’idée… Quand j’enregistrais mon premier album Aucun mal ne vous sera fait à Londres en 2007 avec Baxter Dury, un soir on a pris un taxi pour rentrer de studio et ce truc est arrivé à la radio… Ca venait de sortir et on a passé le trajet à se demander ce que c’était. On était scotché. Même si Radiohead n’était pas notre tasse de thé.

Fujiya & Miyagi – Outstrippin & Speed of light
Typiquement le genre de trucs qui donne envie de reprendre le volant. Je vais aller m’entraîner sur le parking du Mammouth le week-end prochain.

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Alister,  Mouvement perpétuel, BoosterLabel/Pias, 2016.
En concert le 28 mars aux Trois Baudets (Paris).
Pour en savoir davantage sur la revue Schnock, visitez son site Internet à l’adresse www.larevueschnock.com.

(Texte et interview : Nicolas Bogaerts / Crédits photo : Dom Garcia)

 

 

 

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