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Aise Rêvée 2016 (11+12/12) – “Alors Je Continue De Réciter De La Poésie”

Aise rêvée 2016 (11+12/12) – “Alors je continue de réciter de la poésie”

“Aise rêvée”, c’est le feuilleton de l’été 2016 de Roaditude, un road trip poétique à suivre ici même, sur notre blog. Prenez la route avec nous cet été, et n’oubliez pas d’utiliser le mot-dièse #roaditude. Voilà, c’est fini pour Robert, qui rentre seul de son périple au sud de l’Europe, et qui partage avec nous, dans ce dernier article, ses réflexions sur le voyage et l’aventure – à moins qu’il ne s’agisse d’états d’âme ?

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Aise rêvée 2016 (11+12/12) – A plat

Note: les hirondelles ont le cul pointu / est-ce que les poissons mangent les hirondelles / est-ce qu’une hirondelle peut entrer en collision avec un poisson ?

On arrive bientôt
Mais que ferait-on sans les cailloux

Les châteaux, les champs et les pieds du pont
J’ai remarqué qu’ils divisent la rivière en trois parties

Alors je continue de réciter de la poésie (1)
A voix haute au milieu de ces cailloux
Ça marche bien

La réverbération éternelle de la pensée
Dans l’enclos du cerveau

L’écho des mots

Mais je vais t’en parler
Du voyage.

Ne t’en fais pas.

Il y a l’authenticité, un mot qui semble avoir pris un sacré coup de pied ces derniers temps. Méconnaissable, qu’elle est devenue. Je me rappelle encore, il y a quelques années, lorsqu’avec quelques potes, on se faisait des soirées cassettes vidéo de skate et qu’on prenait nos boards pour filer de spots en spots à travers la nuit de la ville. On finissait par des débats sur le monde et les filles, le tout au bord d’un curb jusqu’au lever du jour.

Le voyage au sens contemporain, si l’on peut dire, n’était pas la question, la question, c’était : on part quand ? Faire une virée avec nos boards pour voir les spots de Barcelone. Et une fois partis : Eh t’as vu ? Mais c’est comme dans le jeu vidéo en fait !

Été, hiver, on trouvait toujours quelque chose à faire. Quand il ne s’agissait pas de skate, on roulait sur les routes enneigées à vélo et on se pointait dans des parcs en pente pour y faire des descentes à pleine vitesse. On n’y croisait personne, ni même sur la route, ni même dans la ville. Un paysage surréaliste, qui nous appartenait. On y emmenait un ou deux amis, et de temps en temps seulement car on savait qu’ils sauraient en profiter. Le but n’étant pas de leur montrer ce qu’on vit mais de les faire vivre ce que l’on vivait.

La culture des bikers, je la découvris à l’âge de seize ans grâce aux Wild Ride d’Emerica. Il y a comme une sorte de rapprochement logique entre le skate et le bike. Je pense que c’est parce que les méchants bikers dans les films avaient l’air bien plus cool que les gentils et après tout, les skateboarders ne seraient-ils pas des rebelles qui foutent un peu en l’air l’infrastructure de la ville ? Enfin, dans la réalité, les deux cultures sont en rapport dès le début des années 80. Jim Philips dessinait des bikers et des decks, non ? Et puis il y a aussi le surf et tout ça. Alors voilà tout s’enchaine, cela mène au cinéma underground et puis justement aux illustrateurs des planches à roulettes, aux peintres, aux photographes, aux poètes, aux philosophes et ça finit par mener à l’école d’art parce que c’était là qu’ils finissaient tous par se retrouver.

Note: la carte des pensées / le cul peut être une motivation 

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C’est alors que le voyage devint la question. Parce que prendre sa board sur sa bécane et traverser un continent. Parce que le cinéma. Parce qu’on nous raconte dans les livres mais on n’en sait rien. Parce que l’aventure. Parce que pour aller voir le monde, pas besoin d’argument.

Mais en parallèle, Anna Karina a raison: « Ce qui me rend triste, c’est que la vie et les romans, c’est différent » (2). Eh bien les rêveurs ne veulent rien entendre.

Mais tout ça aujourd’hui n’a plus aucune valeur, à l’heure où les filles à franges jouent les artistes féministes, c’est devenu vide, réducteur et dénué d’authenticité d’en parler. Il y a désormais des genres de supposés élitistes qui se le sont approprié pour le remplir de conformisme. Et c’est les mêmes qui nous parlent de la page blanche ? Mais de quoi ils parlent ? Ils sont assis là comme sur la cuvette des WC à se forcer devant leur future œuvre ? Mais que voulez-vous qu’il en sorte ? Tout comme, pour la culture underground, celle du skateboard, la musique, le voyage, absolument tout, en fait. C’est comme si les artistes étaient désormais forcés d’écouter leur propre public chanter d’une façon chaotique sur leur propre scène. Oh mais c’est trop contemporain, viens on va à la Nuit des bains ! (3) Un foutu karaoké. Evidemment, cela mène à d’autres questions cruciales en rapport à l’art, mais je crois que je me fous bien de ce qui pourrait sortir d’un quelconque débat car, finalement, c’est démontable de tous les côtés.

Mais j’ai une théorie. Je crois qu’il y a des personnes qui, avant, vivaient selon ce qu’on leur a dit et qui n’avaient pas de passion (pression), ou alors de libre arbitre (à un degré spécifique), avant l’apparition des réseaux sociaux et de la mise en scène de la vie de tout le monde. Je crois que ces personnes-là ont découvert des choses qu’elles n’auraient jamais pu (dû) découvrir sans. Et par besoin égocentrique de montrer aux autres que leur vie était passionnante (chose qu’on ne peut pas remettre en question, car tout est désormais au même niveau), elles ont décidé de prendre un peu de tout sans rien toucher en profondeur, en le transformant seulement en une sorte de mise en scène. Car l’important n’est pas de vivre les choses mais de les montrer. Ce qui a eu le don de tout faire péter. C’est devenu comme un énorme aspirateur qui bousille tout sur son passage.

Alors je reste sur notre sujet de voyage mais je ne sais plus, entre les bobos hippies vegan à moto qui changent les pièces de leurs mobylettes comme sur leurs fixies et attention à la salissure car le but est d’avoir l’air cool, et tous ces prétendus branchés qui estiment leur popularité à travers un système automatisé. Allons-y, au fin fond de l’absurdité, mettons en scène le voyage, mais qui donc aura la meilleure mise en scène de sa tente à la vue incroyable. Démocratiser le voyage, mais quelle idée !

Vouloir vivre dans un univers sans le construire, sans en ressentir l’usure. Ça résume assez bien notre génération (disons de 25 à 35 ans) qui veut tout, tout de suite et que dès que c’est un peu compliqué, ils prennent la fuite. Et puis bon, comme ils sont nombreux dans ce qui était censé être le contre-courant, le courant s’inverse, alors le contre-courant finit par perdre son identité.

Il ne faut pas se méprendre, le problème n’est pas dans l’agrandissement d’un mouvement. Il est bien dans sa dé-construction, son inauthenticité en quelque sorte. Parce qu’il n’y a pas de profondeur sans passion. Tu n’as qu’à mettre ta main dans un volcan. Alors heureusement, il reste l’art de la conversation qui me semble intouchable dans le gigantesque théâtre de l’ego, car ils ne sauront quoi dire une fois sortis de leur zone de confort. Alors voilà. Quand on nous aura pris les descentes à vélo sous la neige, on trouvera bien autre chose.

Mais je vais t’en parler
Du voyage

Il est l’oubli du monde, un rêve éveillé dans le regard. La route nous hypnotise et heureusement qu’elle est là pour nous soigner d’une angoisse existentielle qui semble vraiment générationnelle. Que dire de plus. On roule, on voit, on ressent, on pense, on attend, on vit. Il y a des hauts et des bas, mais la nouveauté des situations, des paysages, des rencontres nous donne l’impression d’avancer avec le rythme. De vivre. Le voyage ne se distingue d’aucune autre expérience passionnelle. En soi, il ne s’agit que d’un silence au milieu d’une foule et on finit par être reconduit là où rien ne bouge. Il n’y a donc rien à comparer. Alors dès qu’on peut, on repart pour continuer de rêver car c’est tout ce qui nous appartient vraiment.

Parenthèse: ce texte est incomplet et limité; il faut prendre en compte la localisation car selon les endroits et les cultures, ce que j’écris peut aussi bien être totalement hors propos.

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Notes :
(1) Capitale de la douleur – Paul Éluard
(2) Pierrot le Fou – Jean-Luc Godard
(3) Une soirée d’expositions/vernissages d’art contemporain organisée trois fois par année à Genève.

A voir également le clip vidéo du périple :

Retrouvez les épisodes précédents :
Aise rêvée (1/12)Aise rêvée (2/12)Aise rêvée (3/12) – Aise rêvée (4/12) Aise rêvée (5/12) Aise rêvée (6/12) Aise rêvée (7/12)Aise rêvée (8/12) Aise rêvée (9/12)Aise rêvée (10/12)

(Textes et crédits photo et illustration : Robert Łuczynski)

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