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Autoradio #01 – La Route Merveilleuse De Julien Gasc

Autoradio #01 – La route merveilleuse de Julien Gasc

Vous ne connaissez pas encore Julien Gasc ? Le temps d’une playlist cousue main par ses soins, vous tomberez comme nous sous le charme de ce héraut d’une pop exploratrice, dont le nouveau disque, Kiss me you fool, ouvre la voie à de beaux lendemains.

En fils prodigue – et prodige – de la scène rock et pop française, Julien Gasc a taillé la route de nombreuses années avec Stereolab, Hyperclean, Katerine, Burgalat, Aquaserge, puis s’est offert deux étapes en solitaire : Cerf, Biche, Faon en 2013 et là, tout de suite avec Kiss me you fool.  En 11 croquis éparpillés dans l’espace-temps, capables d’alterner balades d’orfèvre, curiosités psyché, et bravoures versifiées Julien Gasc tutoie instantanément les sommets de la pop française, dont il pousse les murs pour lui offrir la poésie des grands espaces, celle qui transcende les petites contrariétés. Littéraire et exotique, bruissante et érudite, sa musique convoque Morricone, les Kinks, et les vapes de Gainsbourg. Ses paroles tour à tour espiègles, mélancoliques, sensuelles et sexy, sont chantées du bout de sa voix. Ni détachée ni démesurément affectée, elle trouve toujours la juste distance par rapport aux émotions et aux situations qu’abritent ses mélodies planantes, souveraines. L’apparition de Laetitia Sadier (Stereolab) sur le tube Mandrax n’est pas la moindre des surprises d’un disque merveilleux, qui fera le parfait compagnon de vos errances hivernales, aussi réconfortant qu’un feu dans l’âtre, mais le voyage assuré en plus.

Julien Gasc est aussi un érudit de la musique. Jazz, soul, musique brésilienne, BO italiennes, pop  française oubliée, psyché et prog rock qui traversent les âges, cet infatigable musicologue a toujours sous le coude l’une ou l’autre pépite dont il peut vous entretenir des heures durant, avant de vous en rendre éperdument amoureux. Il a pris le temps de nous concocter une playlist en forme de cabinet de curiosités, scénarisée comme la BO d’un groupe en tournée : « J’ai voulu me replonger dans ces morceaux qui font du bien à écouter dans un van, avec un groupe, depuis le moment où on quitte la salle de concert, puis on traverse la ville, ses périphéries, pour rejoindre les grands espaces, la nuit, l’introspection, les villes anonymes à traverser, les fantômes personnels, les aubes réparatrices… J’ai imaginé trouver un morceau qui me ferait du bien à écouter, qui évoque les grands espaces. »

En quelques mots…

Gerardo Manuel & El Humo – Anoche no dormi. Un groupe péruvien que j’ai trouvé par arborescence avec l’orchestre psyche de La Sonora de Lucho Macedo. Je cherche l’excellence dans le son, la mélodie, le texte. Ce morceau est le point de départ idéal pour moi, un grand coup de pied pour partir.

Piero Umiliani – Crepusculo sul mare. Un morceau pensif, pour les routes de montagne, les lacs, les grandes étendues et les plaines.

O’Jays – Think it over baby. La face B du 45 tours de Lipstick Traces (on a cigarette). Un morceau qui bonifie avec le temps, composé par Nick Decaro (qu’on va retrouver un peu plus loin, ndr).

Carla Bley Band – Musique mécanique II (at midnight). C’est un disque qu’il y avait chez mes parents et qui m’a hanté depuis le début de mon adolescence. Il m‘a bouleversé. Il y a quelque chose du fantôme ou du vampire dans les paroles. C’est le morceau parfait pour quitter une ville, de nuit.

Nick Decaro – Angie Girl. Si tu tapes Nick DeCaro dans Discogs, il en sort plus de 120 entrées. Il écrit, composé arrangés énormément de morceaux pour d’autres depuis les années 60 mais il n’a sorti qu’une poignée de disques, dont le magique Italian Graffiti en 1974, qui doit se vendre 4-5 $ aux États-Unis, mais qui est introuvable en Europe. Il a repris les Beach Boys, Todd Rundgren. Il a une voie d’ange comme celle de Chris Montez.

Evie Sands – I Can’t let go. Une excellente reprise des Hollies. J’ai entendu ça dans une soirée, ça m’a évoqué l’ambiance des boulevards et autoroutes périphériques, à Los Angeles, Paris ou Cleveland, avec les copains.

Smokey and his Sister – Would you come home. C’est un morceau un peu obscur. Une déclaration d’amour très premier degré, magnifique. « Si je t’offrais une mine d’or, prendrais-tu ma main », ce genre de choses, avec une voix pas du tout assurée, des arrangements baroques, luxuriants. En plus, Smokey c’est un gueule à la Little Richard.

The Sparks – At home, at work, at play. C’est un groupe majeur mais qui est sous-estimé. Je voulais absolument mettre un de leurs morceaux. Celui-ci est diabolique, ils le jouent en rappel durant leurs concerts. Leur manière d’écrire et de composer me fascine.

Alessandro Alessandroni – Love on the Sand. Une musique morriconesque. C’est de la library music, une musique d’illustration sonore. Alessandroni est affilié à ces compositeurs italiens de musique de films, de télévision, pour la RAI notamment, pour la radio. C’est un style que j’adore, il donne instantanément une ambiance, un ton, un paysage.

Glen Campbell – Guess I’m dumb. Je l’ai trouvée sur une compilation de titres produits par Brian Wilson, des Beach Boys. Il se trouve qu’il composait tellement de chansons qu’il en a donné à chanter à d’autres gens dont Glen Campbell, qui était bassiste de session pour les Beach Boys. Il a une voix magnifique. « I’m not on top like I used to be », ce sont des paroles réparatrices.

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Julien Gasc, Kiss me you fool (Born Bad Records) – Disponible en ligne

(Texte : Nicolas Bogaerts / Crédit photo : Born Bad Records)

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