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Autophoto, Une Exposition Sur Les Chapeaux De Roue

Autophoto, une exposition sur les chapeaux de roue

Autophoto. La voiture et la photographie, ou comment les photographes ont nourri depuis toujours une fascination pour l’automobile. En présentant quelques 450 photographies de grands noms ou d’artistes plus confidentiels, la Fondation Cartier explore tout un univers. Top départ.

Faut-il être un fan de bagnoles pour apprécier cette exposition ? Sûrement pas. Vous n’êtes pas obligé de couver une Triumph Spitfire dans le garage ou de suivre passionément les grands prix pour foncer sans attendre à la Fondation Cartier. Car la voiture n’est pas seulement affaire de collectionneur : cet objet culte parle de notre société moderne, elle est un symbole de liberté susceptible d’atteindre chacun d’entre nous.

Un moteur et quatre roues
Lignes stylisées, couleurs noire ou crème, vernies ou mates, l’esthétique évidente de la voiture attire les photographes. Ce sont des « auto portraits » qui ouvrent l’exposition : la série Snow and Car (1948-1952) de Yasuhiro Ishimoto, douze photos en noir et blanc, montre des voitures imposantes des années 50, de profil, sous la neige et dans des rues désertes. Bien sûr, les photograhes ne pouvaient pas passer à côté de cette machine qui révolutionne la vie, transforme le paysage urbain et nous promet la liberté des grands espaces. La Blauer Opel dans l’objectif de Bernard Fuchs ou l’appareil embarqué dans une Formule 1 lancée à toute blinde d’Alain Prost… Ces photographies racontent une époque, un pays et des vies.

L’automobile, ce n’est pas seulement un moteur et quatre roues. C’est le signe d’une réussite sociale, le moyen de frimer, de draguer. Comme ces jeunes émiratis de l’impressionnante série Fully Fueled signée du photographe Basile Mookherjee. Sur d’immenses clichés, des voitures de sport aux couleurs franches, jaune ou bleue, estampillées d’un dessin de cobra, squattent à côté de tours immenses. Marquez une pause pour regarder de plus près cette drôle de photo, Fonce Alphonse (1993), de Jeff Guess. Le jour de son mariage, l’artiste a décidé de dépasser la limite de vitesse en passant devant un radar : la mariée est au volant, sa coiffe blanche autour de son visage, à côté, le marié au nœud papillon semble comme ébloui par le flash. C’est ainsi que la police a immortalisé ce moment intime et socialement codifié du mariage.

La voiture pour aller plus loin
La voiture bien sûr, c’est aussi la route, de nouveaux horizons, ce que l’on découvre dans la deuxième partie de l’exposition, Paysages photomobiles. Pendant quinze ans, Lee Friedlander a silloné les routes d’Amérique avec son appareil Hasselblad Super Wide. Depuis son véhicule de location, il photographiait son pays en jouant sur le cadrage – on devine un volant, une portière ou un siège en simili cuir du véhicule –, sur la lumière ou le reflet d’une image dans le rétroviseur. David Bradford, à la fois chauffeur de taxi et photographe, explique : « En tant qu’être humain, je suis limité dans mes mouvements, la voiture élargit en quelque sorte mon moyen d’action. » L’automobile a transformé le paysage de nos sociétés, de nombreux photographes ont mis cette mutation au centre de leur travail : des routes en construction entre Allemagne de l’Est et Allemagne de l’Ouest (Hans-Christian Schink), des échangeurs vertigineux au cœur de Shanghai (Edward Burtynsky), des parkings immenses et déserts (Ed Ruscha).

Lâcher le volant ?
La voiture, c’est aussi les usines de production, les ouvriers, son influence sur l’environnement, des thèmes fascinants que l’exposition aborde dans la section intitulée, Vies automobiles. Face aux photos des paysages désolés de Flint (Michigan), ancien fief de General Motors et ville sinistrée suite à la désindustrialisation, comment ne pas interroger l’avenir ? Face aux enjeux environnementaux, la voiture est-elle vouée à disparaître ? C’est ce que suggère les photos de Peter Lippmann, comme si la nature allait reprendre ses droits sur les créations humaines. La dernière partie de l’exposition, Vestiges automobiles, aborde cette question d’un point de vue économique et environnemental. Mais parions que la voiture se transforme pour mieux s’adapter à nos sociétés. Cette grande invention – « l’équivalent des grandes cathédrales gothiques » disait Barthes – restera sans doute encore longtemps ce symbole de liberté, vitesse et d’action.


® Juergen Teller 2017


® Luciano Rigolini 2017


® Lee Friedlander 2008


® Andrew Bush 1997


® David Bradford 1994


® Justine Kurland 2012


® Langdon Clay

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Autophoto, de 1900 à nos jours, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 boulevard Raspail – Paris 14ème, jusqu’au 24 septembre 2017. Voir le site Internet.

(Texte : Claire Teysserre Orion, Paris, France / Crédit photo image de tête : Eggleston Artistic Trust, courtesy David Zwirner, New York-Londres)

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