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Mobile Homes, Sortie Sans Issue ?

Mobile Homes, sortie sans issue ?

Présenté lors de la Quinzaine des Réalisateurs du 49ème Festival de Cannes, Mobile Homes est un premier film sans grande originalité, mais d’une sincérité indiscutable, et plutôt malin. En effet, le réalisateur y a recours à un élément propice aux métaphores sur le mouvement et l’immobilité, sur la libération ou l’enchaînement, à savoir le mobile home. Par le truchement de cet objet totalement banal, voire trivial pour les nord-américains, mais vivifié par l’œil neuf du cinéaste français, le film pose une question essentielle: peut-on vraiment  changer de vie ?

Plutôt passive et totalement subjuguée par son petit ami, un garçon nihiliste et violent, Ali Dresden (la talentueuse Imogen Poots) n’essaie même pas d’élever son fils Bone, car entre les petits trafics à mener ou l’organisation de combats de coq, dans cet univers de mines, d’usines à gaz, de banlieues sales et sans âme, jusqu’où la lumière du soleil semble ne jamais percer, c’est bien entendu mission impossible. Dans cet environnement sordide et dangereux, le petit Bone est souvent délaissé, voire livré à lui-même (il rappelle d’ailleurs immanquablement le personnage tragique et débrouillard du roman de Russell Banks, Rule of the Bone).

Rêve de foyer stable
Et puis, le mauvais ange d’Ali, son mec Evan, utilise l’enfant sans scrupules pour dealer de la coke à sa place, prétendant l’aimer comme un père mais ne voyant en lui qu’un instrument lui permettant d’éviter la prison en cas d’arrestation. Alors, Ali rêve. Elle rêve d’un foyer stable, d’un job, d’un père aimant pour son fils. Suite à une descente de police chaotique et à sa fuite éperdue avec Bone, tout cela lui sera (presque) offert sur un plateau d’argent.

Ali et Bone se retrouvent dans une communauté constituée de mobile homes. Une maison est normalement enracinée dans le sol, mais le mobile home peut être déplacé n’importe où sur une remorque. Etrange contradiction: Ali est, elle aussi, sans cesse en mouvement avec son boyfriend et leur minivan, mais elle est en fait enchaînée à une vie qu’elle ne désire pas. La jeune femme trouve donc dans ce quartier de mobile homes la possibilité paradoxale d’un foyer “fixe”. Et puis il y a Rob, le proprio, un bon gars adepte du LSD, son ange gardien et amant potentiel. Mais comme Rob le dit si justement: “Une maison n’est qu’une maison. Un foyer, c’est ce que tu y construis à l’intérieur.” Ali saura-t-elle tenir la route, walk the line, construire un foyer, faire les bons choix de vie ?

Sans avenir ?
Abordant la problématique des filles-mère sans avenir et des laissés-pour-compte  (comme dans The Florida Project), Mobile Homes  s’attaque donc à un problème de fond, quasi anthropologique: peut-on échapper aux conditionnements d’une vie passée dans la rue, aux réflexes de survie, aux mensonges, vols et magouilles? Pas sûr.

Un ami de votre serviteur avait eu, il y a bien longtemps, cette phrase terrible et résignée à propos de sa petite amie du moment: “On peut sortir une fille de la rue, mais on ne peut pas sortir la rue de la fille.” Que fera Ali de son libre-arbitre ? Et de l’anecdote du jugement de Salomon ?

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Mobile Homes, un film de Vladimir de Fontenay (Canada, 2017), avec : Imogen Poots, Callum Turner, Callum Keith Rennie.
Visitez le site web du film.

(Texte : Nicolas Metzler, Genève, Suisse / Crédits photos : Madeleine Films / Lithium Studios / Incognito Films)

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