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A(75) Comme Art

A(75) comme art

Une route est-elle quelque chose de plus qu’une route ? Peut-elle devenir le lieu et l’inspiration d’une démarche créative ? C’est la question qu’a décidé de se poser l’association aveyronnaise Derrière Le Hublot autour de l’autoroute A 75, tronçon fameux s’il en est, qui traverse le Massif central pour « relier le cœur de la France au reste du Monde ». Fred Sancère, responsable de l’association, nous présente ce projet artistique original et pluridisciplinaire.

Roaditude – Fred Sancère, pouvez-vous nous dire un mot de l’association Derrière Le Hublot, pour laquelle vous travaillez, et qui est au cœur du projet A75 ?
Fred Sancère – Créé en 1996, Derrière Le Hublot puise ses origines dans la mobilisation de jeunes gens décidés à mettre en œuvre une action artistique et culturelle au cœur de leur lieu de vie, Capdenac et ses environs. L’éducation populaire est l’un des ferments de l’émergence de cette association et la structure, désormais largement reconnue dans le milieu artistique et culturel, soutenue par les collectivités locales et l’État, continue de faire vivre cet idéal d’implication des habitants pour le développement d’un projet artistique et culturel de territoire. L’équipe professionnelle de Derrière Le Hublot travaille ainsi en étroite collaboration avec des bénévoles et un Conseil d’administration composé d’habitants engagés.

Son activité se décline autour d’une programmation en saison, du temps fort l’Autre festival lors du week-end de la Pentecôte, et d’un volet médiation et action culturelle. Derrière Le Hublot s’inscrit résolument dans la dynamique des projets dits « artistiques et culturels de territoire » en privilégiant un rapport étroit à son environnement (Capdenac, en Aveyron, dans le Lot et bien au-delà, notamment dans le Massif central et sur des itinéraires tels l’A75 ou encore les Chemins de St-Jacques-de-Compostelle) et en développant une démarche ambitieuse de production de projets contextuels. Si les arts en espace public constituent un axe fort de la programmation, des collaborations se nouent avec des artistes de tous horizons (photographie, BD, création sonore, etc.) et la recherche d’une ouverture vers d’autres secteurs de la société (santé, entreprises, tourisme, etc.) est constante.

A l’origine du projet A75, il y a l’intuition que cette autoroute est davantage qu’une simple liaison de transport, et qu’elle pourrait être un espace de création… D’où vient cette intuition ?
Le cœur de métier de Derrière Le Hublot se déroule comme vous l’avez compris à Capdenac-Gare et ses alentours (en premier lieu la communauté de communes du Grand Figeac). Mais nous développons depuis plus de dix ans maintenant des projets sur l’ensemble du Massif central, territoire qui est à cheval sur 4 grandes régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine). Nous avons donc été amenés à traverser maintes fois ce massif pour mener des résidences artistiques en différents endroits, et notamment dans le cadre du projet « Développement des arts vivants en Massif central ». Lors de nos voyages, nous avons emprunté de nombreuses fois l’A 75 et avons été marqués par cette autoroute paysagère qui traverse les hauts plateaux de la Margeride, de l’Aubrac, et qui, au Pas de l’Escalette, nous amène à basculer d’un monde de montagnes, de ruralité, au monde méditerranéen et proche de l’agglo de Montpellier. La lumière devient alors différente, les paysages changent radicalement, la pierre prend d’autres couleurs… Nous avons eu envie de questionner l’histoire de cette autoroute, qui a contribué au désenclavement du Massif central et qui a recréé et décalé des zones de vie et qui, et c’est ce qui nous intéresse, va nous amener à rencontrer les histoires des gens qui vivent là, et celles des gens qui la traversent pour se rendre de l’Europe du Nord aux plages espagnoles…

Nous souhaitions tester cette intuition auprès des territoires et trouver des partenaires relais, car l’ A 75 est à deux heures de Capdenac. Pour cette première année, la Communauté de communes Lodévois et Larzac, le Théâtre le Sillon, Scènes Croisées de Lozère et la Communauté d’Agglo du Pays d’Issoire se sont embarqués dans le projet, intéressés de poser un autre regard sur cette route qui traverse leurs contrées. Un regard artistique, là où on ne l’attend pas…

Pourquoi est-il important, aujourd’hui, de s’intéresser à la route ?
De notre point de vue, la route est un sujet intéressant et révélateur du fonctionnement de notre société. Tout comme le sont les chemins et itinéraires de randonnée qui traversent le Massif central et que l’on va interroger également à travers un projet artistique autour de Saint-Jacques-de-Compostelle. Nous nous intéressons à ces flux, à ces rythmes – de la vitesse effrénée au besoin de lenteur, d’imprégnation paysagère.

Votre idée est de faire travailler ensemble, dès cette année, plusieurs artistes d’horizons différents. Qui sont-ils, et comment les avez-vous sélectionnés ?
Pour cette année, nous avons choisi de former une équipe artistique avec Pixel 13, un collectif d’architectes et d’artistes en espace public et Kristof Guez, photographe. Ces derniers ont participé aux premiers temps de repérages sur l’ A 75 et le projet de résidence artistique s’est construit avec eux. Il nous a semblé important de travailler avec des artistes venant de pratiques artistiques différentes mais ayant le même souci de la relation avec un territoire, les paysages et les gens qui y vivent ou qui y passent. Il partage par ailleurs une même attention aux démarches de création en espace public, c’était un des enjeux majeurs sur ce projet.

Comment va s’organiser leur travail, et sur quoi va-t-il déboucher ?
En plus des nombreuses sessions de travail et de repérage qui ont permis d’envisager ce projet, trois résidences vont se dérouler en 2018 sur les territoires partenaires du projet :

  • Du 11 au 15 juin 2018 entre Lodève et Clermont l’Hérault (territoires de la Communauté de communes Lodévois et Larzac et la Communauté de communes du Clermontais à travers le Théâtre Le Sillon, scène conventionnée).
  • Du 23 au 27 juillet 2018 sur le territoire de la Communauté d’Agglo du Pays d’Issoire
  • Du 15 au 19 octobre 2018 en Lozère, dans le cadre du partenariat avec Scènes Croisées de Lozère.

Les artistes seront accueillis dans des villages proches de l’A 75 et rayonneront sur le territoire chaque semaine, à la fois avec des rendez-vous préétablis mais laissant aussi la rencontre avec le territoire, les habitants, les personnes qui le traversent se faire.

Comment le public pourra-t-il suivre le projet ?
Le public pourra suivre le projet à travers un site internet dédié qui sera mis en ligne courant 2018 suite aux premières résidences. Des présentations et restitutions publiques seront également organisées cet automne (les dates et lieux sont à venir) sur chacun des territoires. Il s’agira de restitutions qui croiseront spectacle multimédia, exposition et performance. Enfin, un livre de photographies du photographe Kristof Guez verra le jour en 2019.

(Interview : Laurent Pittet, Nyon, Suisse / Crédits photo : Kristof Guez)

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