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De Dunkerque à Barcelone En Vespa 58

De Dunkerque à Barcelone en Vespa 58

Michel Lozano est un photographe français engagé et voyageur. Après avoir lu Stevenson et Guedj, il rénove complètement la Vespa de son beau-père pour prendre la route. Premier road trip ce printemps entre Dunkerque et Barcelone, le long du Méridien de Paris. Rencontre.

Roaditude – Michel Lozano, qui êtes-vous ? Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Roaditude – Je suis Michel Lozano, 51ans, photographe, basé à Aix-en-Provence. Mon parcours photographique a vu la lumière en juin 1992, en accompagnant l’ONG lyonnaise Equilibre lors du convoi de la Paix à destination de Sarajevo.

En 1994, je suis à l’initiative, avec Guillaume Herbaut, du collectif de photographes l’Oeil Public. Depuis cette date, je considère la photographie comme un moyen d’engagement et d’activisme. À ce titre, j’en revendique la nature subjective et son pouvoir d’offrir des regards singuliers sur la réalité. L’essentiel de mes réalisations sont de longue haleine au minimum un mois (complet) à quatre ans maximum sur des sujets comme les gueules noires de Provence (l’unique mine de charbon dans le Sud-Est de la France), les naufragés de la nuit (drame de l’immigration clandestine dans la zone du détroit de Gibraltar), les cadets du feu, le Saint Bernard des mers (bateau hôpital en mer du Nord), etc…

Certains de ces reportages ont été exposés à Visa pour l’image à Perpignan, dans divers festivals en France comme à l’étranger, ou publiés dans divers quotidiens français ou étrangers comme Cosmopolitan, L’Obs, La Pensée de Midi, La Croix, L’Humanité, Marianne, La Presse (Canada), Private (Italie), XL Semanal (Espagne), El Mundo (Espagne), etc…

Vous avez fait Dunkerque-Barcelone en Vespa 58, en suivant le « Méridien de Paris ». Quelle est l’idée de ce road trip ?
Deux livres m’en ont donné l’idée : Voyage dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson et La Méridienne de Denis Guedj.

Le « Méridien de Paris », pouvez-vous nous rappeler ce que c’est ?
1792, Méchain et Delambre, deux astronomes, quittent Paris, avec pour mission de mesurer le méridien entre Dunkerque et Barcelone afin d’établir une mesure universelle, le mètre.

Parlez-vous du choix de la Vespa d’époque… Un hasard ou une profession de foi ?
Le choix de ma monture vient du fait que je considère l’écrivain Robert Louis Stevenson comme le premier a avoir fait un road trip très rock’n’roll. Il le relate à merveille dans son ouvrage Voyage dans les Cévennes, dans ce qu’il a vécu de ces rencontres, ces galères. Il avait comme compagnon de route une ânesse… N’ayant pas d’âne, le choix de ma « Modestine » (nom que Stevenson donna à sa bourrique) a été la Vespa de 1958, ayant appartenu à mon beau-père, je l’ai restaurée dans les moindres détails pour qu’elle soit comme à sa sortie d’usine. Et puis sa faible vitesse de croisière me permettait de rouler si près du sol que j’avais une perspective dans laquelle l’intime semblait se nouer avec l’infini.

Comment s’est passé le périple ?
Dans l’ensemble bien, même si j’ai vécu le calvaire durant trois jours consécutifs, à rouler sous une pluie battante avec le froid, le brouillard et la neige. Cette dernière m’a obligé à dévier de ma route de plusieurs kilomètres, deux cols étant fermés. Autant j’en ai pris plein les yeux lors de la traversée de la France, autant l’Espagne m’a déçu sur le plan routier : 80% des tronçons sont des nationales avec un trafic pesant de poids lourds.

Un souvenir particulier, une anecdote à partager avec nous ?
J’ai fait le constat, depuis que je roule avec ma Vespa, qu’elle attire le chaland. De belles rencontres ont vu ainsi le jour, à une époque où la méfiance de l’inconnu est réelle. Ce fut le cas à Carcassonne. Je m’étais arrêté près d’une borne proche du centre-ville qui indiquait « Méridien de Paris » quand un vieux monsieur est passé, jetant un œil furtif sur la guêpe… Il va jusqu’au coin de la rue, fait demi-tour et revient. Il n’a pas encore dit un mot que je lui dis: « Bonjour, vous allez bien ? » – et la conversation est partie pour de longues minutes. Ses yeux brillaient d’émotion. Il me parlait en fixant la Vespa, il ne l’a pas lachée du regard. Il en avait eu une dans sa jeunesse, un modèle de 1953.

Ce vieil homme me raconta une anecdote qui est aujourd’hui encore d’actualité dans certains clubs de passionnés : « A mon époque, c’était la guerre entre ceux qui avait des Vespa et des Lambretta, on ne roulait pas ensemble. » Il me remercia de lui avoir fait revivre, un cours instant, le temps de sa jeunesse.

D’autres projets en tête pour l’avenir ?
Oui, sûrement un autre road trip en Vespa, mais il est trop tôt pour en parler… C’est pour 2019.

(Interview: Laurent Pittet, Nyon, Suisse / Crédits photo : Michel Lozano)

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