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A Montréal, Le Park(ing) Day Questionne L’immobilisme Automobile

A Montréal, le Park(ing) Day questionne l’immobilisme automobile

Depuis de nombreux siècles, les routes permettent d’établir un lien social entre des individus qui se déplacent dans l’espace. Aujourd’hui, les mobilités individuelles et collectives changent et la société vit une mutation importante, provoquant des interrogations légitimes. À Montréal, les Semaines de la mobilité (qui se sont tenues du 10 au 28 septembre) permettent d’aborder une série de thématiques et de provoquer le débat. Au détour de conférences et d’activités, le week-end passé, un événement annuel, le Park(ing) Day, est venu questionner l’élément routier.

Concept mondial étendu dans plus de 160 villes et quelques 35 pays, le Park(ing) Day met en lumière le problème du partage de la route, et particulièrement la place qu’occupe les cases de stationnement. Ainsi, comme dans d’autres grandes métropoles nord-américaines, certaines rues de Montréal symbolisent, à leurs façon, le « tout à l’auto », avec des larges voies de transit et un conséquent parc automobile. Or, le stationnement de ces véhicules génère des problématiques quant à l’espace urbain monopolisé par des véhicules dormants.

Une démarche de rationalisation
Chez les acteurs favorables à une mobilité durable, certains revendiquent une utilisation plus rationnelle de ces parcelles sous-utilisées et souvent inactives. C’est le cas notamment pour Tania Gonzalez, responsable transport, GES et aménagement au Conseil Régional en Environnement (CRE) de Montréal, qui considère le stationnement comme « un espace publique actuellement mis à profit un engin finalement arrêté 90% du temps, qui consomme de l’espace urbain et a des effets sur la santé individuelle et populationnelle ». En somme, le Park(ing) Day, que coordonne le CRE, est là pour questionner cette appropriation disproportionnée de l’automobile face à l’humain, questionner aussi l’immobile face à l’actif.

En abordant cette thématique, l’événement vise à provoquer durant les Semaines de la mobilité un lourd débat sur l’occupation de l’espace public. Concrètement, il cherche des alternatives en servant d’incubateur pour des projets expérimentaux tout en sensibilisant la population autour des 210 cases de stationnements réappropriées dans plusieurs arrondissements de la ville par divers acteurs de la société civile.

La route comme incubateur de projets
À Montréal, le projet existe depuis maintenant sept ans. En effet, c’est en 2012 qu’il voit le jour afin de poursuivre une action entamée déjà depuis 2005 autour du globe. Pour Romain Coste, chargé de projet du Park(ing) Day au CRE, un manquement se faisait sentir. « À Montréal, il n’y avait pas encore d’initiatives pour remettre en cause la place de l’automobile et redonner l’espace public aux gens. C’est comme ça qu’est né le projet ».

La tenue du Park(ing) Day est évidemment dépendante de la météo. Cette année, en raison d’une pluie diluvienne tombée en matinée, de nombreuses initiatives ont été malheureusement annulées. Difficile alors pour les organisateurs de promouvoir une réduction des cases de stationnement lorsque les rues sont presque vides. Malgré cet imprévu, une activité a rencontré un certain succès au niveau de la rue Sherbrooke, une artère structurante qui traverse d’est en ouest l’île de Montréal. Portée par une douzaine d’organismes dont Vélo Québec, le Centre d’écologie urbaine, la Coalition Vélo et plusieurs associations citoyennes de mobilité active, elle visait à réquisitionner une portion de route entre les rues Saint-Urbain et Sainte-Famille afin d’y proposer une piste cyclable éphémère d’environ 120 mètres. Une connectivité bienvenue pour Romain Coste puisque le tracé « rejoint deux pistes qui sont dans deux rues parallèles, mais qui ne sont pas rejointes entre elles ». Un manque de connectivité qui fait d’ailleurs souvent défaut aux pistes cyclables montréalaises.

L’installation œuvre avant tout pour revendiquer la place des cyclistes sur une grande artère et faire la promotion d’une piste cyclable protégée. Ainsi, les organisateurs illustrent cette volonté par une possibilité, celle de supprimer des stationnements jugés inappropriés sur une route de transit fréquentée. Pour Jonathan Fleury, agent de liaison avec la communauté chez Vélo Québec, il faut faire rêver les citoyens sur le fait qu’il est possible d’aménager la route autrement. « On est là avec des voitures qui sont stationnées et qui ne bougent pas alors qu’il serait possible d’avoir une piste cyclable protégée qui permettrait davantage la mobilité active », constate-t-il sur les lieux. Ainsi, le partage de la route s’opère naturellement lorsque l’aménagement est adéquat et qu’il est expérimenté in situ. Ce cycliste aguerri estime que de nouvelles habitudes se prennent mais qu’un important travail de sensibilisation doit être toujours conduit. « Faire des initiatives comme celle sur Sherbrooke permet aux gens d’imaginer qu’il est possible de se déplacer comme ça », ajoute-t-il.

Supprimer du stationnement pour créer du lien social
L’immobilisme de l’automobile empêche ainsi la tenue d’aménagements utiles au bien commun comme le serait la piste cyclable ou ces espaces de pique-nique verts installées sur les cases de stationnement qui encerclent l’Université de Québec à Montréal (UQÀM) en plein centre-ville. L’événement éphémère du Park(ing) Day pourrait de ce fait offrir des idées d’initiatives plus durables à l’instar de nombreux autres projets visibles à Montréal.

Ainsi, supprimer l’immobilisme automobile s’avère être un acte courageux à considérer de la part du politique. Il engage pourtant à rendre la ville aux citoyens, à offrir chez ces derniers l’opportunité d’arpenter les routes d’une autre manière. Car oui, Tania Gonzalez peut s’enthousiasmer d’observer sur place que les gens « se sourient, regardent, analysent, découvrent » et que la suppression des cases de stationnements génère, à la fin de ce Park(ing) Day, davantage de lien social. N’est-ce pas là aussi le rôle premier d’une rue ?

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Visitez le site Internet du Park(ing) Day Montréal

(Texte : Victor Perrin, Montréal, Canada / Crédits photo : Victor Perrin, CRE-Montréal)

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