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« La Solidarité, C’est Ce Qui T’emmène Au Bout »

« La solidarité, c’est ce qui t’emmène au bout »

Le 29 mars dernier avait lieu la 5e édition de l’une des courses pédestres sur route les plus folles du moment. The Speed Project, 40 équipes de six coureurs qui se relaient pour parcourir, en moins de 48 heures, les 550 kilomètres qui séparent Los Angeles et Las Vegas. Nous avions rencontré, juste avant le départ, Josselin Le Gall et Charly Miele, membres de The French Fraires, la seule équipe française au départ de la course (lire l’interview). Quelques jours après, dont un peu moins de 46 heures passées à courir dans le désert, nous avons retrouvé Josselin pour un petit debriefing.

Roaditude – Josselin Le Gall, notre première question est personnelle… Finalement, avez-vous croisé un rattle snake (ndlr, un serpent à sonnette) ?
Josselin Le Gall Non, on n’en a pas croisé finalement. Mathieu en a vu un mort… Cela dit, durant le meeting de briefing de la course, les organisateurs nous ont bien mis en garde. Fin mars, c’est la bonne saison pour en rencontrer, et il faut être prudent. Il paraît que si on se fait mordre, c’est important de prendre une photo de la bête… Vous imaginez le truc ?

L’équipe des French Fraires aura mis 45 heures et 52 minutes pour parcourir les 550 kilomètres qui séparent Los Angeles de Las Vegas… Content de votre performance ?
Oui. Même si nous n’avons pas participé à cette course pour faire une performance, nous sommes satisfaits de notre temps. Nous visions 48 heures, et nous n’imaginions pas une seconde être en-dessous des 46. Durant la course, nous nous sommes vite rendus compte que nous avions de l’avance, et cela nous a aidé pour la suite. Nous avons été plus sereins pour gérer l’avancée de la course.

On s’est pris au jeu de suivre votre course via les réseaux sociaux. Quelle émotion, et surtout quelle ambiance ! Cette ambiance, elle est importante pour réaliser un tel exploit ?
En fait, il faut se rendre compte qu’on croise peu de monde durant la course, à part les autres coureurs. C’est différent d’un marathon ou d’une classique tels qu’on les connaît en Europe, avec tout un public qui vous encourage en bord de route. Mais il y avait une vraie émulation entre les participants, alimentée par un groupe Whatsapp. Un gros esprit d’entraide, une belle cohésion. C’était très utile pour les coureurs, et aussi très touchant.

Et l’ambiance au sein de l’équipe des French Fraires a été énorme. On a eu quelques soucis physiques (digestion, insolation, hypoglycémie), et quand cela arrive, la solidarité du groupe fait la différence pour passer outre. Cette ambiance, cette solidarité, c’est ça qui vous mène au bout, qui vous permet de vous dépasser et d’arriver à Vegas.

Au final, qu’est-ce qui aura été le plus dur ?
Nous avons tous rencontré nos moments de difficulté, qu’ils soient physiques ou moraux. Par exemple, durant la deuxième nuit, nous devions franchir une montée importante, dernier obstacle avant d’avoir Vegas en vue. Elle nous a semblé interminable, dans la nuit, avec le vent, le froid… Quand tu remontes dans le van et que tu dois en ressortir 20 minutes après, tu n’as juste pas envie d’y aller ! C’est là que le soutien des autres est très important. C’est important de se dire qu’on peut compter sur tout le monde. Il faut être alerte les uns par rapport aux autres. Dans ce registre notamment, nos quatre accompagnatrices ont été admirables. Elles ont géré le truc de façon incroyable, avec une organisation parfaite, et un engagement sans nom. Il faut leur tirer le chapeau, nous leur devons une grande partie de la réussite du projet.

Et quelle aura été la plus belle émotion ?
J’ai eu personnellement l’honneur de faire le départ, et ça a clairement été un moment incroyable. Quelle émotion ! On a le poil hérissé, on ne sait pas si on veut y aller, si c’est un idée pourrie… C’est très bizarre, tu hésites, tu ressens un mix d’émotions indescriptibles, dans une ambiance de folie, sans pour autant l’entendre vraiment.  Tu es concentré sur ce que tu fais. Les jambes y vont, c’est la décharge d’adrénaline… J’ai couru trop vite au début, ce qui était prévisible, tout le monde avait peur que je me crame. Bon, au final, je suis parti au carton, mais je ne me suis pas brûlé (rire)…

L’autre grand moment pour moi, c’est quand nous avons aperçu Vegas, après cette fameuse montée qui a vraiment été une grande difficulté pour toute l’équipe. A partir de là, c’est la descente, quelque chose de surréaliste. Ca dure 2-3 heures, tu vas plus vite, tu recommences à te sentir léger, avec, à l’horizon, les lumières du Strip. Cette vision, ça a été énorme, ça nous a reboostés !

Et la course dans le désert, c’est comment ?
C’est intense, il fait vraiment très chaud. Mais nous avons eu la chance d’avoir un vent de face, donc ça a bien atténué l’effet de chaleur. Ce qui est incroyable, c’est la différence entre le jour et la nuit. Le jour, on court en legging-casquette, et la nuit on met des gants. C’est très spécial.

Nous avons commencé très tôt à faire du bike & run (ndlr, en duo, alternance rapide entre course et vélo sur des petites distances) – une routine bien calée qui nous a permis de tenir le coup. Le vent nous a aidés, mais cela n’a pas empêché deux insolations. Le vent masque la chaleur plus qu’il protège, là est le vrai danger.

Cette technique bike & run, c’est très spécifique à cette course…
Oui, c’est très utilisé. Ca permet d’avoir des allures importantes, et néanmoins de récupérer, et de ne pas courir tout seul. Car courir seul, c’est dur. Quand on est avec quelqu’un d’autre, il y une émulation, un partage, et ça change vraiment tout. Le désert, c’est quand même aride, hostile. Le bike & run, nous avons commencé le vendredi déjà, et nous l’avons fait tout le long, sauf sur les tronçons de pur désert et dans la montée avant Vegas. D’ailleurs, le vélo était mort en arrivant à destination.

Si c’était à refaire, qu’est-ce que vous changeriez au niveau de la préparation, et quels conseils donneriez-vous à une équipe qui voudrait suivre vos pas l’an prochain ?
Au niveau de la préparation, franchement, nous avons fait tout bien. Elle a été considérable, et c’est ça aussi qui a permis de ne pas avoir de blessure. On a eu zéro blessure, on a tous été solides, et ça vient de la préparation. En termes d’organisation, par ailleurs, nous étions bien huilés, grâce à nos accompagnatrices qui ont vraiment fait un boulot énorme.

Bien sûr, l’idéal aurait été de pouvoir faire un repérage du tracé pour trouver des raccourcis, comme l’ont d’ailleurs fait les vainqueurs de cette année, l’équipe Blue Ribbon. Ca leur a permis de gagner 60 kilomètres, ce qui est clairement énorme – ça fait la différence, mais si les membres du team sont des athlètes impressionnants. C’est monstrueux ce qu’ils ont fait. Les temps des premiers sont absolument incroyables. En fait, on a été bluffés tant par le rythme des premiers que par la persévérance des derniers pour arriver au bout.

Il y a aussi l’appréhension de certaines choses, comme cette peur des serpents dont nous parlions… Après coup, on se dit que c’est exagéré. On apprend à se connaître sur une course comme ça.

Faut-il craindre que l’événement perde de son panache avec le succès grandissant qu’il rencontre ?
Justement, en ayant suivi un peu la chose sur Internet, j’a cru comprendre que ce n’est pas ce que les organisateurs veulent… Ils sont plutôt en train de vouloir lancer un événement du même type en Europe. Le but, ce n’est pas que ca devienne un marathon avec des miliers inscrits. Ils aiment le coté confidentiel, ça leur correspond. C’est une course spéciale, et ce serait dommage que cela devienne mainstream. C’est les organisateurs qui décident si on peut participer, et ce côté confidentiel est vraiment génial. Il y une communauté conviviale qui se crée, on échange entre nous sur les réseaux sociaux avant, après, pendant la course. Si l’événement prend de l’ampleur, il risque de perdre ce charme, et ce serait vraiment dommage.

Quand on est coureur et qu’on a fait The Speed Project, c’est quoi le projet suivant ?
On a prévu de participer à la MaXi-Race 2019, du côté d’Annecy – un course par équipe de quatre de 80 km, fin mai. Chacun a fait une pause, et on reprend au fur et mesure… On a tous nos objectifs personnels, et là, on y va pour se retrouver, sans attente. Le plaisir d’être ensemble, dans le pays de Franklin et Justine, qui était du voyage en Californie.

Après, il y a une équipe de trois pour le triathlon de Deauville, qui est aussi une course par équipe…. On parle entre nous, on suit aussi ce que prépare l’équipe du Speed Project, ce qu’ils vont faire, surtout si c’est en Europe.

(Interview : Laurent Pittet, Nyon, Suisse / Crédits photo : The French Fraires)

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