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Laurent Golay, La Quête De La Ligne Parfaite

Laurent Golay, la quête de la ligne parfaite

Natif d’une région qui collectionne les artisans orfèvres, ancien professionnel du snowboard, le suisse Laurent Golay fabrique skateboards, powder surfs et autres paddles dans la menuiserie familiale. Toujours soignées en terme de qualité et d’esthétique, ses planches rares ont conquis certains professionnels, à l’instar de Kaï Lenny, le Petit Prince de la glisse extrême. Rencontre.

La silhouette longiligne, les cheveux blonds, délavés par le sel et le soleil, le sourire lumineux et le pas léger. Attention Mesdames et Messieurs, Kaï Lenny débarque en ville. Pour ceux qui ne suivent pas trop le sport, et particulièrement les sports de glisse, Kaï Lenny, c’est un gamin hawaïen de 21 ans, qui est en train de voler la vedette à toutes les gloires de ce monde de l’extrême. Red Bull en a fait son égérie, Tag Heuer aussi. Il emmène des pilotes de Formule 1 faire du surf, skie avec des stars du tennis, initie au stand up paddle quelques chanteurs et acteurs de cinéma. Il revisite le costume trois pièces à la James Bond, en remontant l’Hudson avec un surf électrique, pour arriver pile à l’heure dans les bureaux new-yorkais de l’horloger suisse. Plus récemment, c’est en skateboard qu’il se pointe aux portes de l’usine de la marque. Or, il se trouve que ce skateboard est suisse également, conçu spécialement pour le Petit Prince de la glisse extrême. Il sort de l’atelier d’un maître du rabot, Laurent Golay. C’est là que commence cette histoire.

Fin de journée, le soleil se couche sur les montagnes encerclant le plateau du Brassus, entre Suisse et Jura. Le paysage qui défile tout au long de cette jolie route me donne envie d’y revenir et de prendre le temps de me promener. Ce sera une prochaine fois. J’ai rendez-vous avec Laurent Golay. Il ne pouvait pas m’accueillir plus tôt car il devait finir quelques écrins de montres, commande pour l’atelier de haute horlogerie suisse d’un voisin de luxe. Le coin semble être propice à l’expansion des talents et autres amoureux du travail (vraiment) bien fait…

Roulettes et planche en bois
La route, puisque c’est bien de ça dont il s’agit ici, Laurent l’arpente durant ses années de « professionnel du snowboard ». Les routes aériennes, pour aller vers quelques bouts du monde, d’Amérique du Sud au Canada, en passant par la Nouvelle-Zélande, pour des compétitions de snowboard, les autoroutes pour sillonner les Alpes européennes dans la même quête de courbes et de prize money, mais la route locale aussi, l’été, quand la neige se fait désirer sur le plateau et que les skateboards sont de sortie. C’est comme ça que Laurent fabrique sa première planche. Il avait dix-douze ans quand il est monté sur son premier skate. Personne avant lui ne s’y était essayé dans la région, et quand il réussit son premier « ollie », son premier saut, il exulte. « Dans ma famille, personne ne pratiquait de sports de glisse, je suis un peu tombé dessus par hasard et j’ai su que je voulais faire ça. Alors, la toute première fois, j’ai cru que j’avais inventé le ollie !!! Et puis j’ai réalisé que les mecs de l’autre coté des montagnes étaient déjà très forts… ha ha ha ! ». Routes de montagnes aidant, les premières descentes de cols suivent, un peu de planche à voile sur le lac de Joux, mais l’absence de vent rend le sport rébarbatif. C’est donc roulettes et planche en bois sous les pieds que Laurent attend la neige.

La carrière sportive de Laurent en tant que snowboarder professionnel ne décolle pas assez. Et lorsqu’il réalise qu’il ne sera jamais champion du monde et que la vie ne durerait pas ainsi, il reprend l’atelier de son père, en 2000. Les cadres de fenêtre ne le passionnent guère. Il faut vivre, certes, mais qu’est-ce-que la vie si l’on ne s’amuse pas ? « J’ai toujours voulu faire des skates pour des skateurs, parce que j’en suis un. Mais si on veut tenir, ici en Suisse, avec ce que ça coûte, on est obligé de se diversifier, de faire autre chose. » Alors pour payer les factures, Laurent travaille avec l’horloger du coin, pour lui proposer de beaux écrins en bois, utilisant la même technique que pour la fabrication de ses skateboards. Et entre deux tables et portes – Laurent travaille seul avec sa femme Patricia, dite « Padou », qui s’occupe de la gestion – il continue de fabriquer ses skateboards, développe un modèle downhill pour un rider français, affine ses talents de marqueterie en poussant la décoration de ses skates, mais aussi de pagaies de stand-up paddle et de powder surf, ce snowboard sans fixation dédié aux courbes dans la poudreuse hivernale.

La poésie du bois, qui émane de ses créations, tape dans l’oeil de Tag Heuer et le voilà à faire une planche pour le nouveau prodige de la glisse. Quelques jeunes skateboarders suisse gravitent autour de lui, filent la main à l’atelier, l’aident à programmer la fraiseuse numérique sortie d’un autre temps ou à développer sa technique de sérigraphe pour faire la déco de ses planches de skate street – dédiées aux skateparks. Il se constitue aussi un solide team de jeunes riders et, ensemble, arpentent les routes entre la France et sa Suisse natale, pour aller sur des compétitions, des shows où il emmène toujours une rampe dans sa remorque. Ses planches sont belles, il vise le haut de gamme. « C’est ma théorie, quand tu fais du surf, tu cherches la ligne parfaite. Comme dans tous les sports de glisse. Et pour avoir la ligne parfaite, il faut une planche qui fonctionne bien, évidement, mais aussi qui soit belle, et là tu as tout qui est juste. L’esthétique est ultra liée aux sports de glisse. Donc, faire des belles planches habille le sport.  Et, pour moi, c’est plaisant de faire quelques chose de beau. »

Monde merveilleux
Il me propose une bière, dans le magasin attenant à l’atelier qu’il vient de me faire visiter, où ses planches sont exposées. « J’ai fait mes propres bières, c’était rigolo. La marque de skate avait sa propre bière, quoi. Je n’en ai plus sinon on aurait trinqué avec celles-ci. » On parle de voyage, de la créativité faiblissante qui règne dans les sports de glisse où tout est de plus en plus terne bien que toujours plus fluo. Ses skateboards, à l’instar d’autres artisans de la glisse et de la route, diffèrent de ce qui existe dans les productions chinoises ou d’Europe de l’Est. Le souci du détail, la qualité de la finition et la marqueterie coquette qui les habillent en disent long sur la passion qui anime Laurent. Sur le chemin du retour, concentré au volant sur les sinueuses routes redescendant vers Genève, puis la Savoie, je rigole. Je rigole en pensant au pied-de-nez que tous ces artistes font à la grande industrie de la glisse. Semant des graines ici et là, pour que ce monde merveilleux ne tombe pas dans l’uniformisation, tant souhaitée par les grandes marques qui rêvent de voir les gamins sur les mêmes skateboards estampillés Cap’tain Iron-Man.

Il y aura toujours des poètes pour faire briller l’esprit des belles choses. Le jeune fils de Laurent, déjà skateboarder, veut devenir menuisier de la glisse quand il sera grand. . .

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Pour en savoir plus sur LGS Swiss Skateboards, visitez leur site Internet

(Texte et crédits photo : Colin Hemet, Chambéry, France)

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