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Olivier Mosset, La Bécane Beaux-arts

Olivier Mosset, la bécane beaux-arts

Artiste suisse, fondateur du groupe d’artistes BMTP aux côtés de Daniel Buren, Niele Toroni et Michel Parmentier, Olivier Mosset développe une œuvre picturale radicale évoluant de l’abstraction géométrique au monochrome, de la Nouvelle Géométrie à la post-abstraction. Poursuivant la visée du groupe BMTP (déconstruire le champ pictural, tendre vers un « degré zéro de la peinture »), il se lancera dans une aventure minimaliste rigoureuse qui interroge les limites de l’acte pictural. Mais sa trajectoire artistique est indissociable de sa passion pour la moto, pour l’univers des deux roues. Loin de composer deux mondes, la geste artistique et la geste harley davidsonienne ne font qu’un. Avec Wheels, les éditions Patrick Frey offre un livre singulier (en anglais) qui confronte l’œuvre picturale de l’artiste à l’impressionnante collection de bécanes (principalement des Harley Davidson mais également des Triumph, etc.), de voitures Chevrolet qu’il possède.

Expérimenter l’espace de la toile et explorer l’espace des routes expriment une même soif de liberté. Des correspondances s’établissent entre les deux champs sémiotiques : la moto en tant que signe et la progression vers une peinture pensant son propre surgissement, reconduite à son essence, à ses signes fondateurs.   

S’installant à Paris en 1965, le plasticien suisse fonde un lieu qui tient à la fois de l’atelier de peinture et du club de motards. Les peintures portant la lettre A, les toiles blanches déclinant le motif d’un cercle noir s’inscrivent dans une volonté d’effacement des affects et jalonnent la quête d’une peinture pure, objective. La peinture tend à s’affirmer comme un espace objectif délivré de l’empreinte subjective de l’artiste. Des ponts se tissent entre la passion pour la moto, aux côtés de bikers actifs lors de Mai 68, ralliés au maoïsme, et une peinture se radicalisant dans l’abstraction géométrique.

Acier, machine, vitesse, rébellion,…
Membre des Hells Angels, Olivier Mosset s’installera aux États-Unis à la fin des seventies. Acier, machine, vitesse, rébellion, rupture avec le système, ivresse de la route, soif de liberté… La carte d’identité, la carte astrale de la Harley Davidson rejoint celles de la peinture (vitesse machinique, neutralité, liberté affranchie de l’expression des sentiments, recherches optiques…). Le lien s’approfondira lorsqu’Olivier Mosset ne fera plus seulement des engins motorisés un mode de vie, une manière d’être au monde, mais un axe central de sa pratique artistique. Élevées au rang de ready-made, la moto-sculpture (et la voiture-sculpture) prendront place dans des installations où elles dialoguent avec des peintures marquées par le régime de l’abstraction. Customisées par Olivier Mosset, par Vincent Szarek, Jeffrey Schad – pour n’en citer que quelques-uns -, les motos et Chevrolet de l’artiste s’intègrent dans son esthétique formaliste. Les Evo, les Panhead customisées nous balancent leur présence totémique, créatures de métal surgies des confins de l’Amérique, à la fois stylisées et d’un machinisme proche de l’animalité. Guidon rutilant comme les armures d’un cerf, pistons-antennes d’insecte mutant, ligne aérodynamique de lévrier, divinité argentée, devenir-guêpe d’un réservoir strié de lignes jaunes et noires… dans un rétro-futurisme, les motos-œuvres d’art connectent la technologie de la modernité à des motifs archaïques. Pour l’une de ses installations, Olivier Mosset choisira le titre Born to be wild, hommage à la chanson-culte de Steppenwolf, qui perfore Easy Rider.

Le dépassement des frontières de la peinture se nourrit du dépassement des frontières géographiques que permettent les Harley Davidson, les grosses cylindrées. Des monochromes inspirés par Alexandre Rodtchenko à l’ivresse des grands espaces d’Easy Rider, de l’expérimentation des drippings de Jackson Pollock sur les réservoirs, les pare-chocs des Harley à la moto comme sécession par rapport à l’establishment, Olivier Mosset trace une route dont les deux chemins sont nourris par le même rêve de traverser des paysages affranchis de la figuration, de tout ce qui fige la peinture et la vie. Le dénominateur commun de sa peinture, de ses recherches théoriques (manifeste basé sur le refus de l’expression des émotions de l’artiste, dénonciation de l’illusionnisme mimétique, interrogation des effets politiques de l’objet peinture) et de son amour pour la moto a pour nom espace. Un espace à arpenter, espace du désert arizonien de cactus à Tucson où l’artiste vit actuellement, espace de la toile évidée, retournée à ses composantes minimales. Récurrence picturale de la figure du cercle et élection des deux roues pour contrer la roue du destin ; délestage du superflu, quête radicale d’une peinture ramenée à sa quintessence et saga motorisée pour se reconnecter à la wilderness… Olivier Mosset érige les virées en Harley Davidson au rang des beaux-arts.

« Get your motor runnin’
Mets en marche ton moteur
Head out on the highway
Fonce vers l’autoroute
Lookin’ for adventure
Cherchant l’aventure
And whatever comes our way
Et tout ce qui surgira sur notre route
Yeah Darlin’ go make it happen
Oui chérie vas-y fais en sorte que ça se produise
Take the world in a love embrace
Prends le monde dans une étreinte d’amour
Fire all of your guns at once
Fais feu de tous tes pistolets à la fois
And explode into space
Et explose dans l’espace

I like smoke and lightning
J’aime la fumée et la foudre
Heavy metal thunder
Le tonnerre du métal lourd

Racin’ with the wind
Faisant la course avec le vent
And the feelin’ that I’m under
Et le sentiment que je suis dessous

Like a true nature’s child
Comme un vrai enfant de la nature
We were born, born to be wild
Nous sommes nés, nés pour être sauvages

We can climb so high
Nous pouvons grimper si haut
I never wanna die
Je veux ne jamais mourir

Born to be wild
Nés pour être sauvages
Born to be wild
Nés pour être sauvages »

(Paroles de Born to be wild, Steppenwolf, 1968)

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Gianni Jetzer, Wheels, Editions Patrick Frey, Zurich, 2018.

(Texte : Véronique Bergen, Bruxelles, Belgique / Crédits photo : Olivier Mosset, Editions Patrick Frey)

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