« J’aime tomber sur ces endroits que personne ne regarde vraiment »

Clément Sanna est un jeune créatif lyonnais qui gagne à être découvert, quand bien même il a déjà pas mal exposé en France.  Attiré par la surprise et l’inconnu, la route est naturellement l’un de ses univers de prédilection. En 2014 et 2015, ses séries Trucks et Gas Station ont inauguré une recherche visuelle sensible et séduisante, qui évite les poncifs et prend des risques. Rencontre.

Roaditude – Clément Sanna, vous êtes un jeune designer et photographe basé à Lyon. Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Clément Sanna – J’ai 27 ans, je vis et travaille à Lyon en tant que graphiste dans une agence. En parallèle, je fais de la photo principalement argentique. En graphisme, mon approche est assez minimaliste. J’aime bien réfléchir aux choses et prendre le temps. À l’inverse de ce que je fais en photo où je suis plus libre. C’est très spontané, très brut, avec des imperfections. Je trouve vraiment mon compte dans les deux domaines. Cela me permet d’avoir un certain équilibre.

Sur le plan créatif, quelles sont vos influences ?
La photographie et la culture américaine sont mes principales influences. Le travail de Missy Prince, Kyler Zeleny, Alan Thoburn ou Mark Maggiori est fascinant. Dernièrement j’ai adoré les séries photos American Cowboy de Karoliina Paatos et Frontcountry de Lucas Foglia. Il y a aussi Gummo d’Harmony Korine. Il y a quelque chose de très photographique. Tout comme le cinéma de Quentin Dupieux, ses plans sont assez fixes et sa lumière est incroyable !

Vous avez réalisé plusieurs projets photographiques en lien avec la route. D’où vous vient cet intérêt pour cet univers ?
La route, c’est l’inconnu ! Parfois, je fais des photos en sachant à l’avance où je vais. J’ai déjà approché des personnes et repéré des lieux. Mais prendre la route dans la vie de tous les jours, c’est différent. Le hasard amène de bonnes surprises. Cela me donne des idées pour des nouveaux projets. Je reviens à ces endroits plus tard pour refaire des photos. J’aime tomber sur ces endroits que personne ne regarde vraiment : une brocante à ciel ouvert en bord de route, de vieilles voitures abandonnées, des fermes, une station-service au milieu de nulle part. Il y a des ambiances vraiment particulières. Je pourrais y passer des heures et m’arrêter tous les kilomètres !

Vos séries sont très déconcertantes. On a l’impression d’une esthétique inversée, comme si vous vouliez nous rapprocher du commun et du fonctionnel… Quelle est votre démarche, et que recherchez-vous dans votre travail photographique ?
J’envisage la photographie comme de la documentation. J’archive une ambiance, les gens que je rencontre ou un lieu, souvent marginaux. Mais je ne cherche pas à embellir la réalité. Je ne veux pas tricher là-dessus. Je me suis rendu récemment à du balltrap en campagne ainsi qu’à des courses de lévriers pour faire des portraits. J’aime m’immerger dans ce type d’événements que je ne connais et ne maîtrise pas. Il y a des atmosphères qu’on ne trouve nulle part ailleurs. J’échange avec les gens, ils me parlent de leur discipline et cela contribue aux séries que je vais mettre en place. C’est marrant de s’intéresser à des choses évidentes pour eux, mais nouvelles pour moi et attrayantes visuellement. Par exemple, je trouve très graphiques les dossards de lévriers. Je me suis amusé à les redessiner afin de les associer aux portraits photo. Pour ce projet, c’était intéressant cette connexion entre graphisme et photo.

Le Polaroid est votre support de prédilection. Pourquoi ce choix ?
Le Polaroid a quelque chose de magique ! L’objet en lui-même est très beau. Il y a du chrome, du cuir et tout est mécanique le plus souvent. On ne trouve plus cela aujourd’hui ! J’adore acheter et collectionner des modèles. L’appareil à son propre comportement et est souvent capricieux. On est vraiment dépendant de la température ou de la lumière. Il y a une perte de contrôle, une non-maîtrise, une surprise ! Ce n’est pas rare que la chimie bave ou que la photo se bloque. Mais ce sont ces choses inattendues pleines de charme qui me plaisent ! Cela crée aussi une complicité avec les gens, ils sont curieux, ils veulent voir le résultat. La photo devient un objet précieux et unique. Je note la date, le lieu et parfois une anecdote au dos de mes Polaroids. Je conserve tout cela dans une cantine en métal. J’ai à chaque fois l’impression de redécouvrir les photos. Elles vieillissent, les couleurs s’améliorent ou se détériorent. Elles continuent de vivre et deviennent des souvenirs petit à petit.

Votre travail donne aussi le sentiment d’un monde à bout de souffle, qui ne se renouvèle pas… Faut-il y voir une dimension critique ?
Je ne cherche pas à critiquer dans mon travail. J’aime isoler un élément pour raconter quelque chose avec, mêler des portraits à des paysages. Je suis assez nostalgique des choses et dans le souvenir en général. Je pense que cela se retrouve dans mes photos.

La question Roaditude : quelle est votre route de cœur ?
Les routes de campagne et de désert sont incroyables.

Un projet à venir dont vous pouvez nous parler ?
On m’a invité à participer à une exposition collective ce mois-ci, dans le cadre de la Photo Docks Art Fair, une foire internationale d’art contemporain. Une dizaine de photographes ont été invité à travailler sur le thème “Botanica”. Pour ma part, je vais présenter deux portraits.

Extrait des séries TabernasGreyhound Racing et Ball-trap, réalisées en 2016. Polaroid, moyen format et numérique.

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Pour en savoir plus sur Clément Sanna, visitez son site Internet à l’adresse www.clementsanna.com et suivez son compte Instagram @clement.sanna.

(Interview : Laurent Pittet / Crédits photo : Clément Sanna)