La route, apprentissage de la bienveillance

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Il n’y a de belles rencontres que de rencontres qui déconcertent et qui invitent à aller au-delà des a priori. Parlez à la voyageuse-blogueuse Astrid Duvillard de rupture, elle vous explique que la richesse du monde est infinie, et qu’elle n’a pu s’arrêter de l’explorer. Parlez-lui des limites et des risques de l’auto-stop, elle vous répond que tout est question de technique, et que la route lui a fait découvrir la bienveillance fondamentale de l’être humain. Petit bout de femme, pour grande leçon de vie.

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Roaditude – Astrid Duvillard, qui êtes-vous ? Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Astrid Duvillard
 – Je m’appelle Astrid, j’ai 31 ans et je suis originaire d’Orléans, où j’ai passé toute mon enfance. Après avoir travaillé 6 ans dans le secteur social, j’ai décidé de changer de vie et de découvrir le monde. Ainsi, en 2013, j’ai fait mon sac à dos et je suis partie sur les routes. En plus de voyager, je suis passionnée de lecture et d’écriture, et également de musique (je passe beaucoup de temps à jouer de l’accordéon).

En 2013, vous décidez de « tout plaquer » et de « mener une vie nomade »… C’est une décision radicale, pouvez-vous nous l’expliquer ?
Faire le tour du monde était un rêve qui grandissait en moi, depuis mon plus jeune âge. Très vite, j’ai cependant réalisé que ce terme galvaudé ne signifiait pas grand-chose : la terre est vaste, et nous n’en ferons jamais le tour, ce qui rend l’aventure d’autant plus passionnante ! C’est pourquoi, après mon premier tour des différents continents (durant un an), j’ai décidé de modifier mon projet initial de retour en France, et j’ai finalement choisi de vivre sur la route. Ce n’était pas mon idée de départ, puisque je pensais retrouver rapidement une vie classique. Mais l’appel du voyage a été plus fort et mon envie de poursuivre ce tour du monde, sans itinéraire précis, a donc été facile à prendre.

Où vous trouvez-vous en ce moment ?
En ce moment, je rentre tout juste d’Allemagne, et je me trouve en Sarthe, où je rends visite à des amis que je n’ai pas eu l’occasion de voir depuis longtemps. Je profite de mes quelques jours de passage en France pour consacrer du temps à mes proches, partager des moments avec eux et tenter de ne pas rompre ces liens affectifs qui me sont précieux.

Votre particularité, c’est que vous voyagez en auto-stop. Ça marche, l’auto-stop, de nos jours ?
Ce qui est extraordinaire avec l’auto-stop, c’est que la pratique fonctionne presque partout dans le monde ! Il arrive parfois que les habitants se demandent ce que l’auto-stoppeur fait là, ou s’il a un problème (le stop n’est pas toujours répandu). Néanmoins, et de façon générale, en allant vers l’autre tout en balbutiant quelques mots dans la langue locale, en s’aidant des gestes, on parvient toujours à se faire comprendre. En France, contrairement à beaucoup d’idées reçues, faire du stop marche très bien. Quelques astuces permettent aussi de faciliter grandement les choses (sourire, se placer au bon endroit…).

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Vous animez le blog « Histoires de tongs ». Pouvez-vous nous parler de ce projet ?
Histoires de tongs rassemble des morceaux de vie, vécus sur la route. Je relate mes aventures sur mon blog depuis 2013, et ce projet a pris beaucoup d’ampleur depuis. Bien évidemment, m’investir autant auprès de ma communauté me demande beaucoup de temps, mais comme j’adore écrire et échanger avec d’autres voyageurs, je ne considère pas cela comme une contrainte, mais bien comme une passion. Cet engagement me permet également de prendre du recul sur mon voyage, car je m’efforce de trouver les mots justes pour retransmettre le plus fidèlement possible mon ressenti. De plus, à de nombreuses reprises, j’ai pu rencontrer des lecteurs dans différents pays, et à chaque fois, nous avons partagé de jolis moments ensemble.

Comment financez-vous vos voyages et votre blog ?
De différentes manières. Pour financer la première année, j’avais économisé un peu auparavant, même si je ne travaillais qu’à mi-temps, et j’ai donc pu voyager assez facilement. Ensuite, j’ai connu une assez longue période sans argent ou presque, et je me suis débrouillée comme j’ai pu (glanage alimentaire, auto-stop, camping sauvage…). Puis, j’ai appris comment gagner un peu d’argent sur la route, et j’ai commencé à jouer de l’accordéon dans la rue, à écrire pour différents médias et à rendre mon blog plus professionnel.

En matière de route, quels coups de cœur pouvez-vous partager avec nous ?
Ils sont tellement nombreux !  En 2013, j’avais, par exemple, traversé le Sahara en stop, ce qui fut une expérience riche en rebondissements. L’an passé, le long de la Route de la Soie, c’est le désert de Gobi que j’ai eu la chance de découvrir, avant de crapahuter dans les Monts Célestes, d’emprunter la Pamir Highway puis de filer sur la Caspienne. Je crois qu’un peu partout à travers le monde, il est possible de vivre des moments de rencontre et d’aventure extraordinaires : sur la route, on trouve ce que l’on va chercher, il suffit juste d’y croire et de forcer quelque peu le destin !

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Quelle sera votre prochaine destination ?
Dans quelques jours, je me rendrai en Islande pour y passer un mois : j’aimerais faire le tour de l’île, toujours en stop. Ensuite, je rentrerai en France afin d’effectuer une longue marche, depuis Orléans jusqu’à St Jacques de Compostelle. Cela devrait m’occuper un bout de temps ! J’espère aujourd’hui pouvoir continuer longtemps sur cette lancée, qui m’apporte beaucoup de sérénité et de joie. En effet, je m’estime chanceuse de pouvoir réaliser tous ces rêves, et surtout d’avoir foi en mon prochain : je sais aujourd’hui que l’Homme est bon, ce qui est un cadeau inestimable de la vie…

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Découvrez le blog d’Astrid Duvillard, Histoire de tongs .

(Interview : Laurent Pittet, Nyon, Suisse / Crédits photo : Astrid Duvillard)